Hcup finale Toulon vs Saracens: Jonny et les varois du pétrole

Le buteur Jonny Wilkinson

Concentration du buteur Jonny Wilkinson

« Si le poteau du milieu avait été une lame de rasoir, Jonny Wilkinson aurait coupé en deux le ballon à chaque fois qu’il a buté. » Impressionnant de précision ce samedi 24 mai à Cardiff, Wilko n’a pas frôlé la perfection, il a convolé avec elle. Un 100% de réussite et des coups de pied parfaitement exécutés, frappés exactement sur la couture du ballon comme Wilko le fait inlassablement à l’entraînement. Le Dieu varois portait le masque face aux Saracens: son visage était empreint d’une expression étrange, celle que l’on ne revêt qu’une seule fois dans sa vie. Ses yeux écarquillés et immobiles étaient marqué par la gravité, la solennité d’une finale de Coupe d’Europe au crépuscule d’une carrière de joueur. Le plus intense et le plus éphémère de tous les matchs, celui que l’on ne vit qu’une seule fois, avant que tout ne s’arrête….
En annonçant sa retraite juste au moment de jouer deux finales consécutives pour le Rugby Club Toulonnais, l’ouvreur britannique a mis énormément de pression sur ces finales, d’une part à titre personnel, mais d’autre part pour le groupe des rouges et noirs, susceptible d’être perturbé dans leur préparation et la gestion du match au moment d’accompagner un monument du rugby vers sa sortie. « Je vais mourir pour vous, soyez prêts à mourir pour moi »  avait déclaré Jonny Wilkinson au moment de la demi-finale contre le Racing Métro 92.

[important]Gagnez une invitation pour passer votre troisième mi-temps au Paris Rugby Show après la finale du Top 14[/important]

Je vais mourir pour vous, soyez prêts à mourir pour moi… Jonny Wilkinson.

Le risque d’être subjugués par l’émotion était donc grand ce soir de finale de Hcup, mais il n’en fût rien. Jonny et les siens avaient parfaitement préparé l’évènement, étant plus exigeants envers eux-mêmes à l’entraînement comme le leur avait demandé Wilko. Toulon a joué un match de très, très haut niveau, et si seul Wilkinson à touché du doigt la perfection, bon nombre de joueurs toulonnais on flirté avec elle pour au final remporter de main de maître une deuxième coupe d’Europe consécutive, chose qui n’était jamais arrivée à un club français depuis l’existence de cette compétition (seul le Leinster et le Leincester ont réussi une telle performance).

Résumé de la finale de la Hcup Toulon vs Saracens: victoire du RCT 23 à 6 !!!

Toulon a dominé en finale de coupe d’Europe une équipe des Saracens en la surclassant dans tous les compartiments du jeu (à part peut-être en mêlée fermée), grâce à une défense aussi hermétique d’une porte de sous-marin (jamais en 80 minutes les sarries ont été en position de marquer un essai), une maîtrise du jeu au pied (100% de Wilkinson contre 9 points oubliés en route pour les Saracens), un engagement physique supérieur à celui des adversaires du jour (et c’est peu dire !) et une maîtrise totale de son propre jeu et de l’évènement. Les joueurs des Saracens n’ont jamais baissé les bras, mais ils n’ont pu tout au long de ce match que constater la différence de niveau bien réelle entre ces deux formations, ne parvenant même pas en fin de match à marquer un essai de consolation.

Outre le sans faute de Jonny Wilkinson, cette finale aura été marqué par l’extrême violence des joueurs sudafricains des deux équipes. Une horde de joyeux équarrisseurs s’abreuvant de sang chaud, d’une générosité absolue dans le rentre-dedans, un safari d’auto-tamponneuses en liberté semant la terreur toutes clavicules hérissées, dans  fracas assourdissant de phalanges entremêlées, distribuant à qui en veut des coups de casque sans casque, ou distillant ça et là d’autres salutations rotuliennes savamment infligées vinrent animer un Millenium Stadium qui pour l’occasion avait fermé son toit ouvrant, sans doute pour donner un aspect encore plus familial aux festives retrouvailles entre ces géants du sud (vous pouvez respirer). Si Jonny Wilkinson avait exhorté ses équipiers à être prêts à mourir pour lui, il est clair que certains étaient aussi prêts à tuer pour lui, (pour lui, ou tout simplement pour le plaisir, tant leur angélique sourire d’enfant venant de fracasser un jouet trahissait leur jouissance intérieure post impact).

Le film du match:

L’équipe des Saracens débute pourtant bien le match puisque les anglais bénéficient rapidement d’une première pénalité en bonne position que Owen Farrell convertit: 3 à 0 pour les sarries. Toulon réagit immédiatement en investissant les 22 mètres adverses et en multipliant les charges par Bakkies Botha, Juan Smith, Matthieu Bastareaud et consorts. Ça sent bon le drop de Wilko, mais les rouges et noirs semblent bel et bien décidés à planter un essai entre les poteaux d’entrée de jeu aux anglais, qui se sortent d’affaire sur pénalité.

Un zeste de fébrilité dans certaines transmissions fait avorter quelques offensives toulonnaises, pendant que la mêlée souffreteuse des varois (Xavier Chiocci pénalisé pour la deuxième fois en 9 minutes) nous fait redouter un match pénible à l’envie pour les hommes de Bernard Laporte. D’autant plus qu’à la 12° un grattage manuel illicite dans un regroupement offre une pénalité des 48 mètres aux sarries. Ça rie moins côté supporters rouges et noirs, mais Marcelo Bosch connait le premier raté de l’équipe anglaise.

15° minute superbe diagonale au pied de Sébastien Tillous Bordes (qui pendant tout le match a pris la responsabilité de taper derrière les regroupements. Sans doute un choix tactique toulonnais pour décharger Jonny Wilkinson de ce rôle, et de la pression des sauvages troisièmes lignes aile anglais). Sur la touche qui s’en suit, les anglais gagnent leur lancer mais Tillous Bordes (encore lui) contre le dégagement de Richard Wigglesworth et est à deux doigts d’aplatir le cuir dans l’en-but. Chaude alerte pour les british !!!

17° Les Delon s’emmêlent les crayons: coup de pied anglais, les deux longs sont à la réception de la chandelle mais chacun pense que c’est l’autre frangin va attraper la balle. Rebond entre les deux et + 50 mètres pour les blancs et bleu.

18° magnifique plaquage d’école de Drew Mitchell sur Billy Vunipola, puis la planche à découper des poulets auto-propulsée Craig Burden frappe une nouvelle fois. Et très fort. On a déjà le pressentiment que l’attaque anglaise va avoir du mal à s’exprimer. Sans doute pour cette raison ils tentent un drop, raté à la 20°

Aie, Juan Martin Fernandez Lobbe prend un carton jaune, coupable d’amener au sol un preneur de balle anglais en l’air en le tirant par le maillot. Nouvel échec de Farrell sur la pénalité, ça commence à faire cher en point oubliés en route pour son équipe. Avec un sans faute, les Sarracens mèneraient 12 points à zéro.

Les interventions des joueurs sont de plus en plus virulentes, peut-être la frustration de ne pas marquer de points, ou bien à cause de la surpopulation de sudafricains au mètre carré évoquée en début d’article. Il va falloir faire quelque chose car ce match devient une poudrière.

29° peut-être la première intervention du match de Jonny Wilkinson, curieusement peu sollicité depuis le début. Placé grand côté, il renverse le jeu petit côté pour Matt Giteau qui du gauche délivre un petit coup de pied d’orfèvre. Après rebond la gonfle est récupérée par Drew Mitchell qui prend le dessus sur son vis à vis et redonne à Matt Giteau himself qui marque en coin !!! Transformation de Jonny Wilkinson qui permet au RCT de mener 7 à 3 à la trentième minute. La machine toulonnaise est lancée !!!

[warning]Technique individuelle du jeu au pied rasant pour botter comme Matt Giteau:
Lâchez le ballon verticalement et bottez-le dans sa partie supérieure, légèrement au dessus de la partie médiane, afin qu’il tourne sur lui-même en l’air très rapidement. De cette façon, il accélère au premier rebond et reste plaqué au sol, semble hésiter au deuxième rebond lorsque sa vitesse de rotation ralentit, et finit par stopper sa course et rebondir haut lorsque sa pointe heurte le sol, inversant son sens de rotation. Cela a pour effet de permettre à un attaquant lancé de disputer en l’air sa possession. Travaillez ce coup de pied à l’entraînement, et vous serez surpris par votre maîtrise de la trajectoire du ballon qui reste près du sol, s’arrête et rebondit haut après une vingtaine de mètres.[/warning]

37° suite à une touche dans les 30 mètres adverses, les toulonnais bénéficient d’un avantage suite à un hors-jeu collectif des sarries, et intelligemment les varois choisissent immédiatement l’option du drop. Et devinez qui dégaine et tape le poteau du milieu ? Matthieu Bastareaud !!! Non, je déconne, la tentative de drop de Matthieu c’est pour plus tard (promis), pour l’instant c’est Jonny Wilkinson qui permet au RCT de mener 10 à 3 juste avant la pause.

Et plus rien d’autre ne sera marqué, mi-temps du match Toulon Saracens sur le score de 10 à 3

La seconde mi-temps reprend, il appartient aux Saracens de refaire leur retard, et durant ce début de seconde période toujours marquée par des plaquages destructeurs et des déblaiements de déménageurs, Farrell permet aux siens d’espérer en réduisant le score à 10 à 6 sur une pénalité consécutive à une faute toulonnaise en mêlée à la 46° minute du match. Du coup Alexandre Menini remplace Xavier Chiocci avec pour mission de stabiliser l’édifice varois.

50° interminable séquence des toulonnais qui font étalage de leur maîtrise collective en conservant la balle et en avançant à coups de boutoir dans le camp adverse. La défense anglaise ne peut que plier, sans toutefois céder, et attend sournoise le moment où Jonny Wilkinson (le seul joueur au gabarit de piéton au milieu de cette armada d’autobus) se retrouve porteur du ballon pour le détrousser au coin du bois de son bien. Cette perte de balle sera la seule erreur de Wilko durant toute la partie. Entrée de Ali Williams et de Jocelino Suta

Et 13 à 6 pour Toulon à la 52° lorsque Jonny Wilkinson enquille des 45 m presque en coin. Les poteaux sont totalement inutiles, dès que le buteur varois a frappé le ballon on sait que c’est dedans.

59° magnifique essai toulonnais !!! Action d’envergure des trois quarts avec une longue passe sautée de Wilkinson malgré un énorme tampon,  Matthieu Bastareaud profite d’un espace pour mettre les gaz et servir idéalement Juan Smith qui joue avec son compère Juan Martin Fernandez Lobbe un joli numéro de à toi à moi. Double deux contre un et le sudafricain Juanne Hugo (de son vrai prénom) aplatit en coin ce qui sera sans doute l’essai de la victoire, d’autant plus que Jonny qui a décidé de ne rien rater aujourd’hui porte le score à 20 à 6 !!! Les journaux doivent voler dans le ciel de Mayol où 10 000 supporters suivent la finale sur écran géant.

Tous les coups de pied de Wilko sont parfaits. Après une cravate d’Owen Farrell au noeud bien lâche (la cravate, pas Owen) et une simulation « ravanellienne » de Bryan Habana, l’ouvreur varois ajoute encore trois points dans la besace de Besagne. Attention, Habana aurait pu être pénalisé pour simulation sur ce coup-là. 23 à 6, on ne voit pas ce qui empêcherait Toulon de soulever son deuxième trophée consécutif en H cup.

67° nouvel étalage de la force toulonnaise qui maîtrise le score, le ballon et le chronomètre en imposant des séquences interminables. On a vraiment l’impression que Saracens à rien de continuer à jouer, l’arbitre pourrait siffler la fin du match pour abréger les souffrances des blancs et bleus (dont le look des maillots évoque le style de Jean-Paul Gautier).

68° on vous l’avait promis, voici la fameuse tentative de drop de Matthieu Bastareaud. La victoire est acquise, les rouge et noir campent dans le camp adverse depuis de longues minutes et tout le monde a besoin de souffler un peu. Matthieu est bien placé et bien servi, il se dit: pourquoi pas moi ? Il s’élance, se remémorant ses plus belles années avec Stade Français (voir vidéo ci-dessous), et pensant déjà comment il va chambrer son ami Wilko en cas de réussite (T’as vu, moi aussi j’ai fait 100%. Peace !!!). Las, au lieu de s’envoler vers les perches, ce satané ballon se comporte comme un albatros ivre et se crashe au beau milieu des joueurs incrédules. Rapide comme l’éclair, Matthieu Bastareaud court s’enfouir sous le premier regroupement venu pour échapper au regards de ses coéquipiers et de la foule (si vous avez l’occasion de visionner ce passage post tentative, ne le manquez pas).

80° Toulon gère avec autorité sa fin de match et s’achemine vers une fin de match tranquille, sauf pour Bryan Habana qui semble se claquer à la toute dernière minute du match.

Et c’est fini !!! Toulon conserve son titre avec beaucoup de maîtrise et d’autorité et remporte la coupe d’Europe par 23 à 6 face à l’équipe de Saracens !!! Jonny Wilkinson et ses coéquipiers ont été brillants et ajoutent une nouvelle étoile à leur palmarès !!!

Mais n’oublions pas qu’au-delà de Jonny Wilkinson il y a une équipe, au-delà de l’équipe il y a tout le peuple toulonnais, et qu’au-delà du peuple toulonnais il y a tout le rugby français. Car cette victoire en Coupe d’Europe d’un club français, c’est aussi la reconnaissance européenne du niveau de notre championnat du Top 14, le plus cher, le plus relevé et peut-être le plus beau du monde.

Encore bravo et merci aux toulonnais !!!

Composition de l’équipe de Toulon

1. Xavier Chiocci 2. Craig Burden 3. Carl Hayman

4. Bakkies Botha 5. Danie Rossouw

6. Juan Smith 8. Steffon Armitage 7. Juan Martin Fernandez Lobbe

9. Sebastien Tillous-Borde 10. Jonny Wilkinson (capitaine)

12. Matt Giteau 13. Mathieu Bastareaud

14. Drew Mitchell 11. Bryan Habana

15. Delon Armitage

Remplaçants: 16. Jean-Charles Orioli, 17. Alexandre Menini, 18. Martin Castrogiovanni, 19. Ali Williams, 20. Virgile Bruni, 21. Maxime Mermoz, 22. Michael Claassens, 23. Jocelino Suta.

Composition de l’équipe des Saracens

1. Mako Vunipola 2. Schalk Brits 3. Matt Stevens

4. Steve Borthwick (captain) 5. Alistair Hargreaves

6. Kelly Brown 8. Billy Vunipola 7. Jacques Burger

9. Richard Wigglesworth 10. Owen Farrell

12. Brad Barritt 13. Marcelo Bosch

11. David Strettle 14. Chris Ashton

15. Alex Goode

Remplaçants: 16. Jamie George, 17. Richard Barrington, 18. James Johnston, 19. Mouritz Botha, 20. Jackson Wray, 21. Neil de Kock, 22. Charlie Hodgson, 23. Chris Wyles.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Question anti SPAM * Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.