Guy Novès, le colosse aux pieds d’argile

À terre, exsangue, tel une statue éjectée de son socle et gisant au sol en mille morceaux épars, Guy Novès incrédule constate les dégâts et recherche, hagard, l’aide des siens pour se relever. Guy Novès connaît le rugby comme Éric Tabarly connaissait la mer, comme Haroun Tazieff connaissait les volcans, ou comme Guy Roux connaît le football. C’est un expert, un spécialiste du rugby dont la carrière d’entraîneur a pris un coup d’arrêt aussi brutal qu’inattendu. L’honneur et l’orgueil de l’entraîneur national ont tant été touchés que l’on se demande s’il va un jour s’en relever. Selon les termes de l’ex entraîneur du XV de France il a pris la nouvelle comme un coup de couteau. En réalité il a pris deux estocades: la première en apprenant sèchement son licenciement, et la deuxième quand il en a appris le motif, pour faute grave.

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Cette décision de se séparer de l’icône du Stade Toulousain va être difficile à assumer par le nouveau président de la Fédération Française de Rugby Bernard Laporte. En effet, il eût été bien plus confortable pour lui d’attendre patiemment la fin de la Coupe du Monde de Rugby 2019 pour se séparer, un verre à la main, de Guy Novès.

Mais le tempérament de Bernard Laporte a toujours été bouillonnant, c’est un homme d’action qui n’a ni le temps ni la patience. Il tranche, décide, et agit en fonction de ses convictions, quitte à faire des conneries et les rattraper par la suite.

Fallait-il licencier Guy novès ?

Connerie, ce mot a déjà été lâché en décembre dans le journal La Dépêche par Ugo Mola au sujet de l’audit de Serge Simon, lorsque le vice président de la Fédération de Rugby a évoqué avec lui l’éventualité d’une éviction de Guy Novès. Je rejoins l’actuel entraîneur du Stade Toulousain, et pense que la décision de se séparer de Guy Novès est une mauvaise décision, pour les trois motifs suivants:

  1. Le temps pour Brunel et son staff est très court pour s’organiser et bâtir une équipe performante pour la Coupe du Monde de Rugby 2019. De plus, la nomination de ses adjoints a été précipitée. Il n’est donc pas placé dans les meilleures conditions pour réussir et aura forcément un temps de retard sur les entraîneurs des autres nations qui sont tous en place depuis au moins deux années.
  2. Le coût du licenciement de Guy Novès va être supporté par la FFR. Les Prudhommes eux non plus ne sont pas des Bisounours. Il ne peut pas en être autrement, ils vont juger que l’unique motif de la procédure de licenciement pour faute professionnelle est sans fondement, que c’est seulement une manœuvre pour tenter d’économiser de l’argent. Parce que si prendre une branlée contre les All Blacks ou contre les Springboks constitue une faute professionnelle grave, y a pas mal d’entraîneurs du XV de France qui seraient passés au pilori. Le match nul contre le Japon ? L’équipe qui a battu l’Afrique du Sud lors de la dernière Coupe du Monde ? Il suffit de revisionner le match pour s’apercevoir que la responsabilité de cette contre performance incombe en grande partie aux joueurs du XV de France (ce n’est pas pour les accabler, ça peut arriver de passer à côté d’un match). Regardez les stats du match France – Japon: les japonnais se sont fait deux fois plus de passes que les français, ce jour-là on les a regardé jouer.
  3. La côte de popularité de Bernard Laporte est en train de croiser celle de Guy Novès dans l’ascenseur. Quand on veut rassembler les forces vives du rugby français, se mettre à dos toute l’Occitanie c’est pas top. L’image est importante de nos jours, il est possible que Bernard Laporte doive traîner cette décision comme un boulet durant tout le temps de sa présidence. Cela pourrait même lui coûter sa réélection en 2020 (NDLR Bernard Laporte a déjà indiqué son intention de briguer un second mandat). En effet, que se passerait-il si en 2020 se présentait face à lui le candidat… Guy Novès ?

Et enfin pour terminer cet article, je tiens à dire que même s’il est vrai que les trophées gagnés par Guy Novès ont quelque peu pris la poussière, et qu’on peut éventuellement s’interroger sur son niveau actuel de performance, si j’avais été président de la Fédération de Rugby je n’aurai pas pris la décision de le licencier. Je n’aurai pas pris la décision de le licencier, parce que je n’en aurai pas été capable.

À chacun son rugby,

Laurent Delmas

 

3 thoughts on “Guy Novès, le colosse aux pieds d’argile”

  1. Je ne sais pas si Guy Novès va se présenter à la tête de la FFR mais une chose est sûre c’est qu’il est en train de préparer quelque chose. Il a déclaré: je ne vais pas vous dire ce que je vais faire, je vais le faire. À suivre… ce sera sans doute l’occasion d’écrire un nouvel article sur mon site Rugby à XV de France 😉
    Laurent

  2. Je suis entièrement d’accord avec cet article est scandalisé parce qu’il ces produit.
    L’idée que Guy se présente à la présidence de la Fédération Française de Rugby est totalement probable vu la circonstance.
    L’analyse est parfaite.

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