XV de France: l’avis de Daniel Herrero

Ils déboulent soudainement au détour d’une ruelle comme une ribambelle de bambins pris en flagrant délit d’école buissonnière par un après-midi de semaine. Pêle mêle ils peuvent être costauds ou chétifs, attachants, vilains, tendres, roublards ou encore teigneux, mais ils ont tous en commun la turbulence, voire l’irrévérence, nimbés qu’ils sont de cette énergie pétillante aussi impossible à endiguer qu’une explosion de sève printanière. Qui sont-ils ? Ce sont les mots de Daniel Herrero. Ce sont ces friandises acoustiques savamment quintessenciées qui jaillissent de son intarissable barbe hirsute, comme soudain évadées d’une besace de berger craquante et boursouflée par leur nombre. Daniel Herrero n’a pas son pareil pour captiver son auditoire et pour le transformer en une livrée de minots en culottes courtes aux mirettes ébahies. Cependant ne vous y méprenez pas, ses discours ne sont pas que beaux (entendez par là que ses sujets ne sont pas bateau). Si le célèbre bandeau rouge coiffe un poète enchanteur, il abrite également un fin pédagogue et un brillant analyste redoutable de précision, capable de mettre en exergue les maux du XV de France en une seule formule:

Si on dit à un joueur : « Attaque mais ne tombe pas la balle» c’est mort. Daniel Herrero.

La semaine dernière le journal l’Équipe a publié une interview de Daniel Herrero signée Alex Bardot.. Interrogé au sujet du jeu du XV de France, l’ancien entraîneur du RCT déplore son manque de pétulance et la paupérisation de son jeu offensif. (NDLR en clair, on ne bande plus en regardant jouer le XV de France). Extraits :

Quel est le principal reproche que vous faites à ce quinze de France ?
– La normalisation. Les joueurs jouent selon des choses apprises, répétées. Ça génère la prudence, et la prudence mène à l’ennui. Avant, il n’y avait pas d’entraîneur, les joueurs arrivaient en équipe de France avec leur talent brut, sans avoir le temps de travailler ensemble. Donc, ce n’était pas le travail qui faisait le jeu, mais le talent. Avec l’arrivée des entraîneurs spécialisés, on est devenus ordonnés dans le travail de l’offensive. Selon moi, le travail a paupérisé notre jeu offensif. Il a amené à l’obsession de la rigueur alors que, culturellement, on avait un goût au désordre un peu supérieur au goût de l’ordre. Il manque l’irrévérence par rapport à l’ordre. La pétulance. On l’a un peu dans les fins de match, quand on est en poursuite au score, quand on se dit qu’il faut impérativement se lâcher, on sort des choses qui nous ont enfermés et ça pétille. L’ordonné nous a dramatiquement amené à penser que seule la victoire est belle. Faux ! Cette équipe a peu de victoires, mais aucune n’est belle, aucune ne reste, aucune ne donne de joie.
_ Vous pensez qu’on a tourné le dos à notre héritage ?
Ah oui ! L’éducation est passée par la rigueur. La rigueur, c’est un moteur de la performance, mais c’est aussi un cimetière. Parce qu’elle amène à la prudence et à l’ennui. Mais le plus gros danger, c’est que l’ennui touche aussi l’intérieur de l’équipe.
Ce staff prône des possibles : on attaquera bientôt. Et en fait on n’attaque jamais. Ou si peu. On retient une percée de Michalak il y a trois ans contre l’Australie et celle de Fofana contre l’Angleterre. Si on dit à un joueur : attaque mais ne tombe pas la balle, c’est mort. Regardez la décadence créatrice de Fofana, de Médard : elle est hallucinante ! Parce que si tu demandes à tes joueurs de calculer tous les risques, ils n’en prennent plus. Point final.

Daniel Herrero ne recherche pas les coupables, mais plutôt les raisons qui font que le XV de France connaît peu de réussite dans le secteur offensif. L’ancien professeur d’éducation physique pose le regard d’un enseignant sur le XV de France. Il prend un recul que ne peut pas prendre le staff du XV de France qui a plutôt les mains dans le cambouis (surtout en ce moment), afin de mener une réflexion au sujet des apprentissages du rugby d’un point de vue pédagogique et environnemental, au sens large du terme. Pour lui le problème ne date pas d’aujourd’hui,et il est la conséquence d’une dérive évolutive de nos méthodes d’entraînement qui ont peu à peu annihilé les velléités offensives en privilégiant la rigueur, la sécurité et les statistiques au détriment de la créativité et de l’imprévisibilité qui ont été remisées au placard, car trop dangereuses. À mon sens, cet article est une invitation à un débat national, à une réflexion que l’on doit mener après la Coupe du Monde pour construire le rugby made in France de demain.

 

Équipe de France de rugby à XV

N’opposez pas le rugby d’avant et le rugby professionnel, conjuguez-les

Laurent Delmas

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